SYMBOLE DE LA PHARMACIE: LA COUPE D'HYGIE

Traduit de l’anglais et adapté par Benjamin Weil, 2019

LES SERPENTS ET LE POUVOIR DE GUÉRISON

"Les poisons et les médicaments sont souvent la même substance administrée avec des intentions différentes." Peter Mere Latham, médecin et éducateur anglais du XIXe siècle

La médecine et la pharmacie sont des âmes jumelles, elles sont liées l’une à l’autre et ne peuvent pas être dissociées. Ce qui est diagnostiqué par la médecine est soigné par la pharmacie, mais si le diagnostic médical est mauvais, le traitement pharmaceutique sera pire. Parfois, des soi-disant professionnels de la santé commettent des erreurs que corrigent de bons pharmaciens, mais parfois l’ordonnance médicale peut être fatale. Les connaissances magiques des pharmaciens peuvent sauver des personnes et les tuer tout autant. Ce sont des alchimistes modernes qui ne sont hélas pas vénérés comme ils devraient l'être.

Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi le serpent était utilisé comme symbole de la pharmacie? Ce n'est pas le seul, car il y en a d'autres comme le mortier et le pilon, la coupe d’Hygie, et la croix verte, mais le bâton d'Asclépios (ou Caducée d'Asclépios) est le plus dominant et reconnaissable. Ce qui conduit à la conclusion que le venin de serpent pourrait être utilisé à la fois comme un poison et un remède, en fonction de son objectif. C’est une logique intéressante en arrière-plan de la coupe d’Hygie, qui nous ramène de nombreuses années en arrière. Tout d’abord, dans le livre de la mythologie grecque, Hygie est la fille et l’assistante d’Asclépios, fils d’Apollon, petit-fils de la majestueuse Zeus et dieu de la médecine et de la santé. Selon la légende, Asclépios essaya de rendre les hommes immortels, menaçant ainsi directement les dieux de l’Olympe. Zeus a tué son petit-fils à cause de ses incroyables capacités de guérison. Dans beaucoup de ses temples, des serpents morts sont retrouvés vivants, son pouvoir de guérison agissant. Ceux qui ont vénéré Esculape n’ont jamais oublié que la coupe d’Hygie symbolisait résurrection et santé.

En dépit des interprétations religieuses qui trouvent les serpents rusés et dangereux, certaines preuves historiques démontrent que les serpents ont toujours été liés au pouvoir de guérison et c'est exactement ce que le département de pharmacie de l'Université de l'Arizona écrit: En Histoire de l’Art, Hygie est souvent montrée avec son bol et un serpent enroulé autour de son bras ou de la tige du bol lui-même. Le bol d'Hygie peut aussi avoir des liens bibliques. Les images d'un serpent sur un baton se retrouvent dans l'Ancien Testament (Nombres 21: 6-9), lorsqu'un serpent d’airain est utilisé pour sauver les Hébreux des morsures des « serpents brûlants ». De plus, des représentations historiques de Saint Jean le montrent souvent tenant un bol avec un serpent. Selon Jared Savage, le premier stagiaire d'été de John Wyeth and Company et de l'American Pharmaceutical Association, ces images reposent sur une histoire selon laquelle un trophée contenant du poison aurait été offert à l'apôtre.

La coupe d'Hygie

D'autres documents démontrent que la fameuse coupe d'Hygie a été utilisée comme symbole par de nombreux apothicaires en Italie en 1222, avant d’être abandonnée pendant plus de 500 ans. Au cours du Moyen âge, la pharmacie et les Sciences ont subi la tragédie des accusations de l'église et de la terreur religieuse au nom de Dieu. Les esprits les plus brillants ont essayé d’échapper aux persécutions et furent cachés par la population, comme des sages aux bonnes intentions. Ils passaient leurs journées et leurs nuits comme des chevaliers de Lumière à combattre l'obscurantisme et l'ignorance. Ils tentaient de découvrir les formules secrètes de la nature, de prolonger les vies et chasser la mort. On les appelait les alchimistes mais la mafia de l'église les brûlait pour hérésie.

Ce qui est étonnant, c’est que l’époque médiévale ait été, en dépit de tous les défis et de tous les risques, l’une des meilleures périodes intellectuelles et scientifiques pour transformer des herbes en médicaments. Alors que l'Europe luttait contre les troubles religieux et sociaux, la première pharmacie fut fondée à Bagdad en 754. Les médecins et les pharmaciens arabes du Moyen-Âge ont expérimenté la materia medica pour trouver l’élixir de vie. Toujours la question éternelle: comment faire pour prolonger la vie sans causer de dégâts? Les pharmaciens européens ne se réveilleront qu’au XIIe siècle, date à laquelle on trouve les premières pharmacies en Europe.

Les pharmaciens ont introduit la science dans l’utilisation des plantes. Jusqu'à il y a encore 1100 ans, les médicaments étaient collectés en fonction de l'expérience et du sentiment de guérison. Plus tard, pharmaciens et médecins travailleront ensemble pour trouver le code invisible du bon médicament, ils testeront les situations, mesureront les résultats et combineront les ingrédients pour parvenir à des résultats plus précis. Ils jouaient alors avec la nature mais grâce à ce jeu aléatoire, les scientifiques médiévaux ont contribué à la naissance de la pharmacie moderne.

C’est en 1796 que notre coupe d’Hygie devient symbole de la Société Parisienne de Pharmacie, mais autre fait très émouvant, le sens du fameux Serment d’Hippocrate prononcé par les médecins: « Je jure par Apollon, médecin, par Asclépios, par Hygie et Panacée, par tous les dieux et toutes les déesses, les prenant à témoin que je remplirai, suivant mes forces et ma capacité, le serment et l'engagement suivants… » Asclépios, le dieu de la médecine et ses deux filles, Hygie, la déesse de la santé et Panaceia, la déesse de la guérison, sont mentionnés… Certains historiens soutiennent que ce serment n'a pas été écrit seulement par Hippocrate, mais aussi par les disciples de Pythagore.

Le bâton d’Asclépios

Le symbole du serpent en médecine et en pharmacie nous vient donc de l'héritage grec, mais il est également lié au culte égyptien. Un autre symbole de la santé est représenté par le bâton d’Asclépios le long duquel s'enroule une couleuvre. Les Romains vénéraient Esculape sous la forme terrestre d'un Serpent et de nombreux temples dédiés à la santé gardaient en captivité des couleuvres utilisées pour des rituels de guérison.

La pharmacie moderne est un combat, un combat et une lutte permanente entre dimensions éthiques et rentabilité. Si de nombreux pharmaciens sont toujours habités par l’idéal de la guérison, il y a hélas tous ceux qui n’œuvrent que pour l'argent. Les premiers transportent l’esprit des courageux alchimistes médiévaux et les seconds nous rappellent que le mal existera toujours.

La prochaine fois qu’on vous dira que les serpents sont dangereux, rappelez-vous qu'ils sont aussi symbole de santé et de guérison. Pensez à tous ces herboristes morts pour avoir voulu sauver des vies et grâce auxquels nous existons aujourd’hui. Vu ainsi, le serpent est plus le symbole de la lutte sans fin de la sagesse contre l’obscurantisme et l'ignorance.

D’après un article de Sandra Schindler paru sur le site Linkedin.